Sailin’ on

I trust you, you used me, now my heart’s torn apart
So I’m sailin’, yeah I’m sailin’ on
I’m moving, yeah I’m movin’ on
Sail on, sail on, sail on, sail on
Yeah!

Bad Brains Sailin’


Cela fait maintenant sept mois que je suis rentrée de mon séjour à Chicago. Et depuis, ça n’a pas arrêté. J’ai commencé à enseigner la théorie des medias et de la communication à l’Erg, et ça c’est avéré plus compliqué que prévu. Puis, j’ai eu la chance d’être invitée temporairement à rejoindre l’équipe de narration spéculative. Accompagner les élèves dans leur réflexion, me triturer l’esprit pour trouver la bonne formule, c’est passionnant mais ça prend pas mal d’énergie et d’espace mental.

J’ai commencé à donner des formations en logiciels libres avec Actic, et je dois dire que cela me réjouis aussi.

Récemment, j’ai ajouté à ces heures de travail rémunéré – toutes précaires, et certaines dépendant des aléas de la vie associative – des heures de support technique à l’Erg, qui m’apportent, ce complément pratique, straight to the point, qui me manque toujours un peu lorsque mes revenus sont le fruit d’un travail purement intellectuel (pour aller vite).

J’ai continué à collaborer ponctuellement avec A.pass, activité toujours enrichissante et passionnante. Le bloc Settlement a été particulièrement intense, même si je me trouvais en périphérie, et a apporté son lot de questionnements politiques, artistiques et éthiques.

Le gros évènement lié d’une certaine manière à ce qui m’a fait démarrer ce blog, c’est que j’ai arrêté les Ateliers des horizons, la formation sur, dans et par laquelle j’ai travaillé ces trois dernières années, tirant une forme de régularité de revenus et un espace de focalisation intellectuelle et pratique majeur. Je dis bien que j’ai arrêté, en âme et conscience, et ce prématurément, dans des circonstances que j’aurai souhaitées meilleures, mais j’y reviendrai peut-être un jour. Je ne vais pas mentir, cet arrêt m’a à la fois soulagé et plongé dans des abîmes de réflexion, de tristesse et finalement de colère.

Bref, je n’ai pas chômé, comme dirait mon contrôleur Actiris. Reste qu’au final c’est toujours la course, et que sans le soutien de mon entourage, ce n’est plus seulement les deuxièmes moitiés de mois qui seraient difficiles mais les mois entiers. Je dis ça pas pour geindre, juste pour dire, que malgré ma stakhanovisme et les heures passées, je ne suis pas prête de participer aux donations délirantes pour la reconstruction de Notre-Dame (des Landes ? rôooo).

Je reprends donc ce blog, pleine de bonnes intentions, dont celle de publier tous les articles commencés à Chicago et non finalisés, d’écrire sur les projets que j’y ai mené, mais aussi de parler de mes nouveaux projets, de lectures, de la suite de ce qui m’occupe après la résidence, des interventions publiques que j’ai fait récemment à La Colonie et à la Gaieté Lyrique à Paris…

Bref, comme toujours, j’ai du pain sur la planche, je mène une lutte constante contre la fatigue, l’asthme et le découragement, donc j’espère que cette reprise ne ressemblera pas à ces résolutions de début d’année que l’on ne tient que deux mois. Après, je n’envisage pas de me transformer en Madjid Ben Chikh, qui publie régulièrement depuis 2004 le blog de Suppaiku.

Je suis tombée en suivant le fil rss du site du magazine Juxtapoz, sur leur série Sound and vision, qui revient sur le graphisme de disques emblématiques de l’histoire de la musique pop. La dernière en date évoque le disque Bad Brains, par le groupe de hardcore américain du même nom. C’est drôle. Ce disque a tourné en boucle aux heures les plus dures de la fin de mon adolescence, dans cette période de doute constant que représente les choix d’orientation scolaire, et ce corps qui finit sa mue. Cela faisait longtemps que je n’avais pas posé ce disque sur ma platine. Pourtant cette obsession pour Bad Brains m’a accompagnée, pendant plusieurs années.

Surtout, ce disque contient certains des hymnes qui résumaient alors, et finalement quelque part encore maintenant, ma vision des choses : Attitude, Don’t need it, The regulator… Aujourd’hui, j’ai déjà écouté cinq fois Sailin’ on. C’est ce qu’on appelle le changement dans la continuité.

La pochette représente le dôme du Capitole frappé par un éclair. Les couleurs déclinent celles du drapeau rastafari. Sur Juxtapoz, l’auteur conclue son article : « It’s Bad Brains at their best; bold, subversive, and black. »

bad brains cover